Travailler en milieu hospitalier est-il dangereux?

Les professionnels du secteur ne s’y trompent pas: exercer en milieu hospitalier comporte des risques non négligeables pour leur santé. Le législateur l’a d’ailleurs entériné en classant le secteur dans la catégorie de risques au travail la plus élevée. Les directions financières s’en rappellent chaque année à la lecture du montant de leur facture « prévention ». Un article paru dans la revue Hospitals de juin 2017.

Ces précautions sont-elles justifiées ? N’exagère-t-on pas la situation de terrain ?
Après tout, de nombreux travailleurs du secteur n’expriment pas particulièrement de sentiment de danger.

Des métiers techniques et divers
Ce qui frappe le plus l’observateur actif de la santé au travail, c’est tout d’abord la diversité des profils de risques. L’hôpital concentre une quantité assez impressionnante de métiers et de fonctions différentes. Nombre d’entre eux comportent par ailleurs une technicité importante. La mise en oeuvre des politiques de prévention et de bien-être au travail nécessite donc la mobilisation d’un grand nombre d’acteurs spécialisés devant se coordonner pour parvenir à garder une vue d’ensemble des actions menées.
A titre d’exemple, pour simplement gérer les obligations légales en matière de santé et de bien-être au travail, il faudra mobiliser au minimum sept conseillers en prévention spécialisés : le médecin du travail, le conseiller en prévention en sécurité, le spécialiste en risques biologiques, en risques chimiques, en ergonomie, en risques psychosociaux et en transport de produits dangereux. A cela, il faut ajouter des sous-spécialisations notamment en ergonomie et en sécurité.

Des modèles organisationnels uniques
Une autre particularité du secteur hospitalier est la diversité de ses modèles organisationnels.
Chaque grand département répond à des logiques de fonctionnement différentes nécessitant une approche adaptée. Dans un département infirmier par exemple, les conseillers en prévention pourront s’appuyer sur la ligne hiérarchique dans la mesure où sa structure est très formalisée. Sensibiliser le corps médical à s’occuper de sa propre santé au travail obligera de passer par les instances représentatives comme le conseil médical, les assemblées générales et, là où il existe, le collège des chefs de service. Le personnel administratif, technique et ouvrier se caractérise quant à lui par la diversité des profils de risques.
Les professionnels de la santé au travail doivent agir service par service.

La gouvernance au service de la prévention
Comment gérer de manière cohérente cette myriade de métiers, fonctions et risques ? Comment rendre l’hôpital plus sûr pour ses travailleurs sans pour autant faire exploser l’enveloppe budgétaire de la prévention ?
L’enveloppe réelle de prévention d’une entité de 4.000 personnes représente environ un million d’euros. Ces budgets couvrent le financement de fonctions internes à l’entreprise, la surveillance de santé et des missions spécialisées de conseillers en prévention. Elle n’est en réalité que très difficilement compressible dans la mesure où sa plus grande partie est définie par la loi. L’enjeu est donc d’optimaliser qualitativement son utilisation.
Pour y parvenir, la clé réside dans la gouvernance des politiques de santé. Une coordination efficace entre autant d’acteurs internes et externes concernés passe forcément par des mécanismes décisionnels bien définis et forts.
Les liens entre la direction, le Service Interne de Prévention et de Protection, la présidence du CPPT, les ressources humaines et le service externe sont trop souvent régis par des coordinations informelles.
Comparaison n’est pas raison mais il ne viendrait à aucun hôpital l’idée de laisser son quartier opératoire sans modèle de gouvernance formalisé vu les enjeux stratégiques, opérationnels et éthiques qui s’y jouent. Il en va de même en matière de
politique de santé au travail.
Ce modèle intègre les liens entre les acteurs précités et définit les responsabilités de chacun. Si le SIPPT et le SEPPT en sont les chevilles ouvrières, la direction, les ressources humaines et le CPPT en sont les architectes.
Le milieu hospitalier est dangereux par nature et sécurisé par volonté.

Hospitals, Revue de l'Association Belge des hôpitaux http://www.hospitals.be

28/07/2017
CESI