E-cigarette : avis d'experts et prévention sur les lieux de travail

L’utilisation de l’e-cigarette est en forte augmentation. Si les connaissances progressent rapidement sur le produit, il reste de nombreux points d’incertitudes quant à son innocuité et son efficacité. L’avis d’un tabacologue du CESI et mesures de prévention sur les lieux de travail. 

L’e-cigarette est un nouveau produit dont l’utilisation a récemment progressé de façon exponentielle. D’après une enquête réalisée en 2012 par la Fondation contre le cancer, 0,2% des fumeurs utilisaient la cigarette électronique, un chiffre qui est passé à 2% en 2013. On estime donc à 50 000 personnes le nombre de « vapoteurs » belges.

Irritations ? Etourdissements ?

Selon les données scientifiques disponibles, les effets irritants et/ou toxiques des composants de l’e-cigarette sont moindres que ceux liés à la fumée du tabac (contrairement à la cigarette, l’e-cigarette ne libère ni monoxyde de carbone (CO), ni particules solides). Il n’en demeure pas moins que les « e-liquides » contiennent et libèrent d’autres produits potentiellement irritants et/ou classés comme toxiques, comme l’a montrée l’étude menée par l’Institut néerlandais de la santé et de l’Environnement (Nederlandse Rijksinstituut voor Gezondheid en Milieu). Selon l’étude, les fumeurs de cigarettes électroniques souffriraient fréquemment d’irritations de la bouche ou de la gorge, d’étourdissements et de nausées. Le taux de nicotine inhalée par les femmes enceintes serait par ailleurs aussi nocif pour leur bébé que si elles fumaient une cigarette ordinaire. L’étude démontre également que l’air expiré lors du vapotage contient de nombreuses substances néfastes pour la santé.

Faut-il dès-lors bannir l’e-cigarette? Le rapport d’experts publié par l’Office de prévention du tabagisme (OFT, Mai 2013) est plus nuancé et rappelle qu’en l’absence d’arrêt, un fumeur sur deux meurt d’une maladie directement liée à son tabagisme. Le tabac a un pouvoir addictif qui justifie d’utiliser les stratégies et médicaments validés pour l’arrêt du tabac (tels que les substituts nicotiniques actuels) mais également d’étudier de nouveaux produits de substitution dont le rapport bénéfice/risque serait favorable. Les experts recommandent par ailleurs de mettre en œuvre des mesures pour éviter toute promotion et toute facilitation de l’accès de l’e-cigarette aux mineurs et aux sujets n’ayant jamais fumé.

Avis d’expert : point de vue du Dr Christian Mostosi, Conseiller en prévention- Médecin du travail et tabacologue au CESI

« Les fumeurs sont de plus en plus nombreux à poser des questions sur la cigarette électronique (e-cigarette) lors des consultations. Ils entendent des infos de toutes parts et ne savent pas très bien, finalement, ce que ça vaut.

Une récente étude randomisée et contrôlée sur 657 fumeurs, menée par Bullen et collaborateurs et publiée par le journal The Lancet [1], a montré une efficacité de l’e-cigarette équivalente à l’utilisation du patch nicotinique sur une période d’au moins six mois.

Cette solution semblerait donc attractive pour les fumeurs dans le cadre d’une stratégie de réduction des risques. Il faut néanmoins savoir que même si l’e-cigarette n’a pas été retenue cancérogène selon le rapport de l’OFT (Mai 2013), d’après l’étude de la revue française « 60 millions de consommateurs » [2], des substances cancérogènes (formaldéhyde, acétaldéhyde, acroléine) et toxiques (chrome, nickel, plomb, antimoine) ont été retrouvées dans les « vapeurs » émises par différents modèles parfois à des quantités plus importantes que les cigarettes industrielles. Ces bouffées sont irritantes pour la cavité buccale et lorsqu’il exhale, le vapoteur relâche également de la nicotine [3] ce qui est à prendre en compte lorsqu’on est en présence d’enfants. De plus, puisqu’elle est aussi addictive, le fumeur choisissant cette méthode pour entamer son sevrage devra également penser à se sevrer de l’e-cigarette. Cela peut être plus difficile puisque le vapotage n’aide pas à se défaire de la gestuelle associée au tabagisme.

Espérons que cette e-cigarette ne sera pas banalisée au point de charmer de futurs jeunes consommateurs attirés par son aspect amusant et soi-disant sans risques pouvant les amener à sauter le pas un jour ou l’autre vers le tabac »

 [1] Bullen C, Howe C, Laugesen M, McRobbie H, Parag V, Williman J, Walker N. Electronic cigarettes for smoking cessation: a randomised controlled trial. Lancet. 2013;382:1629-37.

[2] http://www.60millions-mag.com/actualites/articles/pas_si_inoffensive_la_cigarette_electronique_nbsp

[3] Dautzenberg B. Comparaison entre l’aérosol de la e-cigarette et celui de la fumée des cigarettes classiques et de la chicha. 7è Congrès National de la Société Française de Tabacologie. Clermont-Ferrand, 24 et 25 octobre 2013 

Peut-on « vapoter » sur le lieu de travail?

Au même titre que les autres produits à fumer, la cigarette électronique est interdite sur les lieux de travail.

La loi du 22 décembre 2009 instaurant une réglementation générale relative à l'interdiction de fumer dans les lieux fermés accessibles au public et à la protection des travailleurs contre la fumée du tabac stipule dans son article 3 qu' «Il est interdit de fumer dans les lieux fermés accessibles au public. Ces lieux doivent être exempts de fumée ». A l'article 1, elle définit le terme « fumer » comme « le fait de fumer du tabac, des produits à base de tabac ou des produits similaires ».

« La cigarette électronique est clairement considérée comme un produit de ce type et à ce titre, son utilisation est bien interdite dans les lieux publics fermés et les lieux de travail. C’est le SPF Emploi qui est compétent pour l’application des mesures d’interdiction dans les lieux de travail." (Mathieu Capouet, Expert tabac).

L’avis de C. Deneve, Directeur général du SPF Emploi, est très clair également : « Le chapitre 4 de la loi du 22 décembre 2009, intitulé « interdiction de fumer sur le lieu de travail », a comme finalité d’interdire totalement de fumer sur tous les lieux de travail. La seule dérogation prévue est la possibilité pour l’employeur de prévoir l’installation d’un fumoir, sous certaines conditions.

L’article 13, dernier alinéa, ajoute que tout élément susceptible d’inciter à fumer ou qui porte à croire que fumer est autorisé, est interdit notamment dans les espaces de travail.

Une cigarette électronique, même si elle ne contient pas de tabac, est très similaire à une cigarette normale, et émet de la vapeur. Cette cigarette a été conçue dans le but de ressembler à une cigarette normale. Une cigarette électronique constitue un élément susceptible d’inciter à fumer, et son introduction sur les lieux de travail est donc interdite.

L’esprit de la loi est, en effet, d’interdire tout élément ou objet qui pourrait inciter une personne à fumer, ou à faire penser à de la fumée de tabac, même si la cigarette électronique ne dégage que de la vapeur."

Au moment de publier cet article, le Conseil Supérieur de la Santé a émis un avis circonstancié sur la Place de l’e-cigarette comme aide au sevrage du tabac classique et risques toxicologiques et d’assuétudes liés à sa consommation ainsi que celle de la shisha pen

Le CESI peut vous aider

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Retrouvez les informations auprès du CEDIOM, centre de documentation du CESI  Tél: 02/761 17 31, cediom@cesi.be

Sources

  1. Rapport et avis d’experts sur l’E-Cigarette, Avec le soutien de la Direction générale de la santé, Office Français de prévention du tabagisme, Mai 2013
  2. La Cigarette électronique, note d’information du CEDIOM, Centre de documentation du CESI, 2013
  3. E-sigaretten Factsheet, Nederlandse Rijksinstituut voor Gezondheid en Milieu, 2013

 

 

13/12/2013
CESI